Le Casseur d’os – volume 25

Notes d’Ornithologie Pyrénéenne n° XXX. Novembre 2023 à octobre 2024

Jean-Louis GRANGÉ, François BALLEREAU, Michel CHALVET, Stéphane DUCHATEAU, Geoffrey DUPONT,

Jean-Jacques HOURCQ, Sébastien PÉRÈS, Dominique RAGUET & Patrice URBINA-TOBIAS

Rédacteurs pour le GOPA

La présente synthèse est basée sur l’analyse de 39776 données transmises au GOPA par 41 observateurs. Une nouvelle espèce a été signalée dans le bassin de l’Adour au cours de la période considérée : le  Faucon lanier Falco biarmicus, observé en août au col de Lindux (frontalier avec la Navarre) – sous réserve d’homologation par le CHN. A vrai dire, les « raretés » ont été relativement peu nombreuses : seules 7 autres espèces soumises à homologation nationale (Fuligule à tête noire Aythia affinis, Mouette de Bonaparte Larus philadelphia, Aigles pomarin Clanga pomarina et C. clanga, Pouillot oriental Phylloscopus orientalis, Pipit à dos olive Anthus hodgsoni) ont ainsi fait l’objet de mentions.

Parmi les autres espèces peu communes dans notre région observées au cours de la période considérée, on pourra citer la Harelde boréale Clangula hyemalis, la Macreuse bruneMelanitta fusca, les Fuligules milouinan Aythia marila et à bec cerclé Aythia collaris, la Glaréole à collier Glareola pratincola, le Goéland d’Audouin Larus audouinii, la Guifette leucoptère Chlidonias leucopterus, le Pygargue à queue blanche Haliaeetus albicilla (hivernant de nouveau régulier) et le Bruant nain Schoeniclus pusilla. Mentionnons, pour les espèces nicheuses, l’expansion du Canard mandarin Aix galericulata (en passe, semble-t-il, de s’installer durablement dans le piémont pyrénéen) et du Choucas des tours Corvus monedula, ainsi que la progression de la Fauvette mélanocéphale Curruca melanocephala vers l’intérieur du Pays Basque. Le Flamant rose Phoenicopterus roseus, actuellement présent tout au long du cycle annuel au marais d’Orx, pourrait peut-être tenter d’y nicher puisque la construction de nids y a été observée au cours du mois d’août ! Les tempêtes d’Ouest du début novembre 2023 ont de nouveau déporté de nombreux oiseaux marins sur nos côtes, parfois même à l’intérieur des terres : Océanites culblanc Hydrobates leucorhous, Phalaropes à bec large Phalaropus fulicarius, Labbes à longue queue Stercorarius longicaudus et surtout Mouettes de Sabine Xema sabini (effectifs records).

Annexe 1. Dénombrement des oiseaux d’eau hivernants dans le bassin de l’Adour et le littoral basco-landais adjacent. 10 au 12 Janvier 2025*

Groupe Ornithologique des Pyrénées et de l’Adour

La Chouette de Tengmalm Aegolius funereus dans les Pyrénées -Atlantiques : bilan de 25 années de suivi

Jean-Claude AURIA & Stéphane DUCHATEAU

Résumé. La Chouette de Tengmalm atteint dans les Pyrénées la limite sud-ouest de sa distribution

européenne. Nous résumons ici les connaissances acquises dans le département des Pyrénées Atlantiques (2000-2024). L’aire de présence régulière (évaluée d’après 253 données) concerne les vallées d’Ossau, d’Aspe et de Barétous avec pour limite occidentale les massifs d’Issarbe et de la Pierre-Saint-Martin (altitudes extrêmes des contacts : 497 et 1853 m). La reproduction a pu être prouvée dans 8 localités distinctes. Son habitat forestier est caractérisé par une forte proportion de résineux, une structure irrégulière favorisant les bois moyens (diamètre des troncs compris entre 30 et 45 cm) et une exposition en secteur Nord (au sens large). De fortes fluctuations interannuelles du nombre de mâles chanteurs sont observées, les meilleures années faisant suite à une très bonne fructification des hêtres au cours de l’automne précédent, engendrant une pullulation des micromammifères forestiers. L’effectif maximal recensé fut de 40 chanteurs en 2017 (14 nids trouvés) et 42 en 2021 (4 nids trouvés). Une concentration remarquable de 7 nids sur 20 ha fut observée en 2024. Les nids découverts étaient tous situés dans des hêtres entre 940 et 1629 m d’altitude, souvent porteurs de plusieurs cavités (moyenne = 3,5 cavités/arbre de nid). La cavité accueillant le nid (hauteur moyenne : 9,7 m) était une loge forée par le Pic noir dans 28 cas et une cavité naturelle dans 4 autres cas. Les dates de ponte estimées se sont étalées du 13/02 au 28/04, 83 % des pontes étant déposées avant le 20/03. Le taux de réussite pour l’ensemble des nichées suivies a été de 65,3 %. Le régime alimentaire a été étudié par l’analyse de 96 pelotes de réjection ayant permis d’identifier 129 proies appartenant à 11 espèces. Le Mulot sylvestre et le Campagnol roussâtre représentent à eux seuls 81 % des proies consommées. Malgré une gestion forestière tendant à prendre en compte ses exigences, l’avenir de la Chouette de Tengmalm dans les Pyrénées occidentales reste incertain au regard notamment des effets du réchauffement climatique en cours.

Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) par capture dans le Parc national des Pyrénées

Philippe FONTANILLES, Jérémy BAUWIN, Jérémy MAINGUENEAU & Jérôme LAFITTE

Résumé. Deux stations du programme STOC capture (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) ont été mises en place au sein du Parc national des Pyrénées, après le test de huit sites. Situées en ripisylve, elles permettent le suivi d’espèces communes à deux niveaux d’altitude : à 1340 m à Gavarnie-Gèdre (Héas, suivi sur 13 ans de 2009 à 2021) et à 420 m à Lau-Balagnas (Saillet, suivi sur 11 ans de 2011 à 2021). La richesse spécifique est supérieure pour le site de basse vallée : 14 espèces nicheuses sur un total de 39 relevées (3049 captures) contre 12 à Héas sur un total de 32 (2130 captures). Les premiers résultats montrent des évolutions temporelles pour les principales espèces.

Le Merle noir et l’Accenteur mouchet sont en baisse et le Pouillot véloce en augmentation sur le site du Saillet, alors qu’au niveau national ces espèces sont relativement stables. La survie interannuelle ou le taux de recrutement peuvent expliquer ces tendances. La Fauvette à tête noire et la Fauvette des jardins ont une tendance à la baisse sur le site d’Héas, où elles sont en limite de répartition altitudinale et souffrent probablement d’un climat moins optimal. Leur productivité et survie varient selon les années (mauvaises en cas de printemps pluvieux et frais). Globalement, la productivité est très bonne au Saillet et bonne sur Héas, en adéquation avec les moyennes nationales pour les espèces migratrices de courtes distances. Pour les migrateurs transsahariens, elle fluctue autour de la moyenne nationale au Saillet et est faible à Héas. La condition corporelle globale des oiseaux est plus faible sur le site d’Héas qu’au Saillet. Au final, le site du Saillet apporte au réseau national des indices locaux pour le sud de la France en piémont des Pyrénées. Ceux d’Héas contribuent à une connaissance d’indices plus « montagnards » sur des espèces communes.

Caractéristiques des arbres de nid des Pics vert Picus viridis et de Sharpe Picus sharpei dans le Bassin de l ’Adour (Pyrénées occidentales et Landes)

Jean-Louis GRANGÉ

Résumé. Les Pics vert et de Sharpe sont tous deux présents dans le Bassin de l’Adour : cet article se propose de comparer les divers paramètres des arbres de nid de ces espèces. Les arbres utilisés sont des feuillus avec le Chêne pédonculé (44,1 %) et le Hêtre (22,7 %) majoritaires chez le Pic vert et le Hêtre pour le Pic de Sharpe (97 %). La hauteur des cavités de reproduction est très proche chez les deux espèces (10,4 m et 10,9 m respectivement) ainsi que les diamètres à hauteur de cavité et l’emplacement du nid (91 % sur le tronc pour le Pic vert et 90 % pour le Pic de Sharpe). Nous comparons ces divers paramètres à ceux connus ailleurs sur l’aire de répartition des deux espèces et concluons qu’ils sont très similaires dans le Bassin de l’Adour, incitant à rechercher les autres dimensions de la niche assurant leur coexistence en sympatrie-parapatrie.

L’hivernage du Bruant fou Emberiza cia dans les Pyrénées occidentales et le sud des Landes

Jean-Marc FOURCADE & Dominique RAGUET

Résumé. Nous avons cartographié l’ensemble des observations hivernales (octobre à mars) du Bruant fou présentes dans la base de données du Groupe Ornithologique des Pyrénées et de l’Adour et discuté les origines géographiques possibles des données en plaine. La répartition hivernale en montagne est similaire à celle en période de reproduction. Les plaines de Bigorre et Béarn sont occupées de façon diffuse par des oiseaux probablement d’origine pyrénéenne même si l’arrivée de quelques individus du Massif Central n’est pas exclue. Le nord des provinces de Basse-Navarre et du Labourd apparaissent non occupées en hiver. Les nicheurs, moins abondants dans les montagnes de ces régions, resteraient sur ou à proximité de leurs territoires de reproduction. Une discontinuité dans la répartition hivernale en plaine apparaît ainsi entre le Béarn et la frange littorale. Celle-ci peut accueillir des individus des montagnes basques, mais aussi des individus arrivant par le nord (une observation récente de migration active sur le littoral landais) en provenance du Massif Central ou d’Allemagne d’après une reprise ancienne qui constitue la seule origine avérée dans notre région.

Défense de la cavité chez la Chouette de Tengmalm Aegolius funereus

Stéphane DUCHATEAU

Le 2 février 2024 et les jours suivants, un mâle de Chouette de Tengmalm a été observé attaquant des Pics noirs (Dryocopus martius) et un Pic vert-de Sharpe (Picus viridis-sharpei) qui tentaient de pénétrer dans la cavité d’un hêtre pour y passer la nuit. Juste avant, la chouette chantait à l’entrée de cette cavité, où elle a attiré une femelle.
Un tel comportement de défense du nid n’avait jamais été décrit auparavant chez cette espèce. Les chouettes ont finalement niché dans un arbre voisin.

Notes de terrain sur la Chouette de Tengmalm Aegolius funereus dans les Pyrénées -Atlantiques

Stéphane DUCHATEAU

la Chouette de Tengmalm , une espèce rare et d’observation difficile dans les Pyrénées occidentales. Le chant des mâles, régulièrement émis en milieu de journée (et non uniquement de nuit), a pu parfois être détecté à 700 et même 1100 m de distance. Une importante variabilité individuelle dans la fréquence (grave ou aigüe) et la vitesse d’émission des strophes de chant a permis de suivre sur plusieurs mois certains mâles au chant particulièrement typique. Des vocalisations attribuées à la femelle (chant aigu et gloussements) sont décrites. En 2021 l’installation progressive des mâles chanteurs sur deux noyaux de présence a pu être documentée, de même que la fidélité de la plupart des individus à un territoire donné tout au long de la saison de reproduction (février-mai). Les perchoirs diurnes des mâles (n = 34) sont le plus souvent des Sapins pectinés (exceptionnellement des Buis et Ifs ), sur lesquels ils se tiennent généralement contre le tronc à l’insertion d’une branche, souvent masqués par des rameaux couverts d’aiguilles, à une hauteur comprise entre 40 cm et 14 m de haut. Dans plusieurs cas nous avons noté la présence de la femelle dans la future cavité de reproduction, ou une cavité du même arbre, parfois dès 15 jours avant le début de la ponte. Les jeunes semblent disposer de bonnes capacités de vol dès qu’ils quittent le nid.

Phénologie migratoire de l’ Hypolaïs polyglotte Hippolais polyglotta dans le Bassin de l ’Adour

Jean-Louis GRANGÉ

Résumé. L’Hypolaïs polyglotte est un nicheur régulier dans le Bassin de l’Adour dont la phénologie migratoire méritait d’être affinée. Nous présentons une synthèse des observations disponibles, issues de la base de données du GOPA, de ce migrateur au long cours. Sur la période 1996-2024, les premiers migrateurs printaniers sont observés en moyenne le 15 avril, la moyenne des derniers migrateurs étant le 26 mai. La durée du passage prénuptial est, en moyenne, de 39 jours. Lors du passage postnuptial, les premiers migrateurs sont contactés, en moyenne le 18 juillet (période 2000-2024), pour les derniers au 10 septembre. La durée moyenne de cette migration est de 53 jours. Une comparaison avec les autres régions et pays concernés montre, de façon générale, une bonne concordance pour les moyennes des passages pré et postnuptiaux.

Interaction spectaculaire entre l’Autour et la Martre

Stéphane DUCHATEAU

Le 6 juin 2022, dans la vallée d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques), un piège photographique a filmé une violente altercation entre un Autour des palombes (Astur palumbus) et une Martre des pins (Martes martes). L’autour a soudainement attaqué la martre qui se nourrissait près de son nid contenant trois poussins. La martre a été projetée sur le versant et a pu s’échapper saine et sauve. L’attaque a été précédée de cris d’avertissement de l’autour.

Comportements territoriaux chez les Pics de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi

Sabine PINEDA Y VICENS

Dans le cadre d’une étude du Pic de Lilford en période de reproduction, des prospections pendant la phase d’installation des couples sont organisées par J.-L.GRANGÉ. Les comportements décrits dans cet article se déroulent sur un site de reproduction connu depuis fort longtemps, mais ces dernières années les Pics ont été mis à rude épreuve par le Pic épeiche D. major et un couple de Sittelle torchepot Sitta europaea. Le couple de Sittelle s’installant avant les Pics, la reproduction de ceux-ci a été mise en échec précédemment. Cette étude nous a permis de valider des points importants, connus dans la littérature pour les Pics en général, mais non confirmés pour la population du Pic de Lilford (des Pyrénées ou d’ailleurs).

Le fantôme de la forêt

Henri LAFFITTE

Evocation poétique d’une rencontre avec le Pic de Lilford dans une forêt emplie de brume.

Le corbeau mendiant

Henri LAFFITTE

Bibliographie passionnelle

Jean-Louis GRANGÉ

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