Le Casseur d’os – Volume 18

Notes d’Ornithologie Pyrénéenne n° XXIII. Novembre 2016 à octobre 2017

Jean-Louis GRANGÉ, François BALLEREAU, Frédéric CAZABAN, Stéphane DUCHATEAU, Jean-Jacques HOURCQ, Sébastien PÉRÈS, Dominique RAGUET & Patrice URBINA-TOBIAS, rédacteurs pour le GOPA

Au cours de la période considérée, deux nouvelles espèces viennent s’ajouter à l’avifaune du bassin de l’Adour : le Vautour deRuppell Gyps rueppelli et la Talève sultane Porphyrio porphyrio.

Quelques autres rarement observées sont à mentionner plus particulièrement : Outarde barbue Otis tarda, Océanite de Wilson Oceanites oceanicus, Vanneau sociable Vanellus gregarius, Bécasseau semipalmé Calidris pusilla, Goéland d’Audouin Larus audouinii, Hypolaïs ictérine Hippolais icterina, Pouillot brun Phylloscopus fuscatus, Linotte à bec jaune Linaria flavirostris, Bruant nain Emberiza pusilla.

Parmi les espèces nicheuses peu communes dans notre aire d’étude, la reproduction du Martinet à ventre blanc Tachymarptis melba est enfin confirmée à Gavarnie, celle du Vanneau huppé Vanellus vanellus est possible à Momas et la Fauvette à lunettes Sylvia conspicillata se cantonne aux alentours du col de Soulor pour la 2ème année consécutive.

Grâce à une abondance exceptionnelle de micromammifères dans les forêts de montagne au printemps 2017, des effectifs records de Chouette de Tengmalm Aegolius funereus et Hibou moyen-duc Asio otus sont présents dans les vallées pyrénéennes. La sécheresse très marquée dans le Sud-Est semble être à l’origine d’un nouvel afflux sans précédent de Rolliers d’Europe Coracias garrulus en fin d’été.

Contribution à la connaissance des Odonates des Pyrénées occidentales

Stéphane Duchateau

Résumé : Un inventaire des Odonates des Pyrénées occidentales a été effectué de 2011 à 2017, permettant de récolter 1945 données de présence concernant 55 espèces. Ce travail apporte de nombreuses informations sur leur répartition géographique et altitudinale ; il complète les précédents inventaires effectués dans les Pyrénées occidentales. Une nouvelle espèce (Ischnura graellsii), rarissime en France, a pu être rajoutée à l’odonatofaune de la montagne béarnaise. D’autres taxons localement peu courants (Lestes dryas, Platycnemmis pennipes, Aeschna isoceles…) ont également été rencontrés. La répartition de certaines espèces typiquement montagnardes (Lestes sponsa, Aeshna juncidis, Sympetrum flaveolum) a pu être précisée. Enfin, de nombreuses données de reproduction et/ou de présence à des altitudes remarquables ont pu être obtenues, certaines constituant des records à l’échelle des Pyrénées et, pour Libellula depressa, probablement de la France.

Le Chat forestier Felis sylvestris dans les Pyrénées occidentales : apports d’une étude par piégeage photographique

Luc CANTEGREL & Stéphane DUCHATEAU

Résumé : Une étude par piégeage photographique du Chat forestier Felis silvestris a été effectuée de 2011 à 2014 en Vallée d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques). La zone d’étude était un vallon de basse et moyenne altitude, peu habité et partiellement boisé, d’une superficie totale de 16,31 km2. Le dispositif était constitué de 9 stations photographiques, dont jusqu’à 7 furent actives en 2014 (soit 0,43 piège/km2) pour un effort de piégeage total de 3708 jours-pièges. L’espèce fut détectée à 332 reprises sur 7 des 9 stations, soit un indice d’abondance relative de 8,95 événements/100 jours-pièges. Les marques du pelage ont permis d’identifier 13 individus durant les quatre années d’étude, dont 7 individus récurrents (supposé territoriaux) au cours de l’année 2014. La densité en février-mars 2014 était de 0,62 individu/km2 (estimation par capture-marquage-recapture), soit l’une des plus fortes valeurs enregistrées en Europe pour cette espèce.

L’attribution d’un score à chaque individu en fonction de 8 critères de pelage indique que tous les Chats forestiers de notre zone d’étude sont de type européen « pur » (absence de signe d’hybridation avec le Chat domestique Felis catus). Environ 60% des détections furent nocturnes, 30% diurnes et 10% « crépusculaires » (aubes + crépuscules), avec pour les mâles un pic d’activité de déplacement en début de nuit (18h00-22h00 T.U.). Des variations saisonnières sont perceptibles : 40% de détections diurnes de mai à octobre, contre 18,4% de novembre à avril, suggérant que les Chats forestiers n’ajustent pas les horaires de leurs déplacements au printemps-été pour sélectionner les périodes nocturnes. Au printemps et en été les femelles furent plus fréquemment détectées en journée que les mâles, peut-être en lien avec la nécessité de chasser pour alimenter les chatons. Des naissances interviennent dès le mois de février et semblent se produire au moins jusqu’à fin juin. Une femelle pourrait avoir eu deux portées successives en 2014, année de grande abondance de nourriture. Les Chats forestiers évitent de se déplacer en présence de neige au sol, situation ne représentant que 5,2% des détections hivernales.

Étude du Chat forestier Felis silvestris à l’aide de la méthode du piégeage photographique dans les Pyrénées-Orientales

Jean-Pierre POMPIDOR, Frédéric SALGUES & Grégory BRETON

Résumé : Cet article présente les résultats de la première étude entreprise pour étudier le Chat forestier Felis silvestris dans les Pyrénées-Orientales. Entre 2010 et 2013, les pièges photographiques utilisés ont réalisé 91 photographies et 15 vidéos indépendantes de chats au phénotype de Chat forestier, soit un taux de capture de 0,78 photos pour 100 jours de piégeage. Cette étude met en lumière les toutes premières informations sur la répartition altitudinale, l’activité temporelle et la saisonnalité des Chats forestiers dans cette région pyrénéenne. Neuf nouveaux records d’altitude pour la France ont été mis en évidence à l’étage subalpin, jusqu’à 1960 m. Nos résultats tendent à montrer que les Chats forestiers peuvent être présents en plus grand nombre que l’on pensait auparavant dans cette région. La question de l’hybridation entre le Chat forestier de souche « pure » et le Chat domestique est également débattue, mais la rareté des villages et la densité humaine extrêmement faible de notre zone d’étude nous amènent à penser qu’il y vit très peu de chats domestiques et que le risque d’hybridation est très faible.

Régime alimentaire de la Chouette effraie Tyto alba dans le piémont basque

Jean-Claude Vignes

Résumé : Des pelotes de réjection (n = 486) d’un couple de Chouettes effraies Tyto alba ont été collectées assez régulièrement dans une commune du Pays Basque français, entre décembre 2013 et juin 2016. La longueur des pelotes varie de 21 à 76 mm et est proportionnelle au nombre de proies contenues (1 à 7). 1115 proies de 12 espèces de micromammifères y sont déterminées, seulement 8 oiseaux et quelques coléoptères (bousiers). Les pelotes sont en moyenne constituées par 2,3 proies ; près des 75 % renferment de 2 à 3 captures. Les 4 principaux taxons sont respectivement Apodemus sylvaticus avec près du quart des prises, précédant Microtus lusitanicus (21,5 %), Microtus arvalis (18,9 %) et Crocidura russula (18,5 %). Ces proies sont consommées tout au cours de l’année, avec toutefois quelques variations saisonnières. La masse moyenne journalière consommée par une Effraie est estimée à 95 grammes.

La Bergeronnette printanière Motacilla flava dans les Pyrénées occidentales et le sud des Landes : synthèse des données récentes

Jean-Marc FOURCADE & Dominique RAGUET

Résumé : Cet article est une synthèse des observations de Bergeronnette printanière Motacilla flava transmises au GOPA durant la période 2001 – 2016. La médiane du passage prénuptial intervient le 16 avril (50% des observations entre le 04 et 30 avril) et la médiane postnuptiale le 12 septembre (01 – 24 septembre). La Printanière est aussi fréquente dans l’intérieur des terres que sur le littoral mais elle est significativement plus abondante sur le littoral, tant au printemps qu’en automne. Elle pénètre quelque peu la montagne en automne (maximaux autour de 2000 m) mais en est absente au printemps. Un flux de plusieurs centaines d’individus est observable sur le littoral du sud des Landes mais aucune donnée de grand dortoir n’est disponible dans le bassin de l’Adour. Cela suggère un trajet direct entre la Gironde et la côte cantabrique pour de nombreux individus. Ce trajet sans halte expliquerait également le très faible nombre d’observations de flavissima dans le bassin de l’Adour en automne (n = 8). M. f. thunbergi est surtout observée dans l’intérieur des terres (20 observations contre 3 pour le littoral), tant au printemps qu’en automne. Un trajet postnuptial direct délaissant le littoral basco-landais est également pressenti pour les individus empruntant la voie littorale tandis que la migration en boucle (retour plus oriental) expliquerait la rareté de thunbergi sur le littoral au printemps. L’hivernage (2 ou 3 données) et la reproduction (3 données de cantonnement sans suite) ont un caractère exceptionnel.

Première reproduction du Goéland marin Larus marinus dans les Pyrénées-Atlantiques

Amaia Alzaga, Alfredo Herrero & Alain Pagoaga

Résumé : Nous documentons la première reproduction du Goéland marin Larus marinus sur la côte basque française, dans les Pyrénées-Atlantiques. Durant la période de reproduction 2017 un couple s’est reproduit dans la baie de Loya, commune d’Hendaye. Au moins un poussin a été observé régulièrement jusqu’à sa cinquième semaine, puis la présence de promeneurs sur l’îlot ne nous a pas permis de savoir si l’oiseau a pu prendre son envol malgré les dérangements.

Aide au nourrissage interspécifique Mésange charbonnière Parus major-Pic épeiche Dendrocopos major

Jean-Louis GRANGÉ

Résumé : Nous décrivons un cas d’aide au nourrissage de jeunes pics épeiche Dendrocopos major au nid par une Mésange charbonnière Parus major faisant suite à la destruction de sa nichée par le Pic ou à sa perte précoce dans une cavité proche. Un rappel de cas semblables et des causes proximales de tels comportements est effectué

Notes sur l’alimentation hivernale du Chocard à bec jaune Pyrrhocorax graculus dans les Pyrénées occidentales

Geneviève LAULHÉ & Stéphane DUCHATEAU

Résumé : Nous décrivons deux observations ayant trait à la recherche alimentaire hivernale du Chocard à bec jaune :

  • le 8 février 2015, un chocard visitât une mangeoire dans un jardin à Osse-en-Aspe, un comportement très inhabituel dans les Pyrénées occidentales.
  • le 4 décembre 2017, un groupe de 60 chocards est observé perché sur des arbres où ils se nourrissent de baies de gui Viscium album. Ce fruit n’a pas été cité à ce jour dans le régime alimentaire de l’espèce.

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