Le Casseur d’os – Volume 16

Couverture Casseur d'os 2016

Notes d’Ornithologie Pyrénéenne n° XX Novembre 2014 à octobre 2015

Jean-Louis Grangé, François Ballereau, Stéphane Duchateau, Jean-Jacques Hourcq, Sébastien Pérès, Dominique Raguet& Patrice Urbina-Tobias, rédacteurs pour le GOPA

Cette nouvelle synthèse se base sur plus de 37 400 données récoltées par 44 observateurs. Pas moins de 6 espèces nouvelles pour le bassin de l’Adour ont été observées au cours de la période considérée : le Grèbe à bec bigarré Podilymbus podiceps, le Goéland d’Amérique Larus smithsonianus, la Sterne voyageuse Thalasseus bengalensis, la Buse féroce Buteo rufinus, la Bergeronnette citrine Motacilla citreolaet le Traquet du désert Oenanthe deserti, données toutes homologuées par le CHN (www.chn-france.org).

Parmi les nombreuses autres espèces occasionnelles signalées, on retiendra en particulier la Sarcelle à ailes vertes Anas carolinensis, les Marouettes poussin Zapornia parvaet de Baillon Z. pusilla, le Vanneau sociable Vanellus gregarius, le Bécasseau de Baird Calidris bairdii, la Bécassine double Gallinago media, la Mouette de Franklin Larus pipixcan, le Goéland d’Audouin Larus audouini, l’Hypolaïs ictérine Hippolais icterina, l’Étourneau roselin Pastor roseus, le Roselin cramoisi Erythrina erythrina et le Bruant nain Emberiza pusilla.

Le Grèbe à cou noir Podiceps nigricollis et la Fauvette passerinette Sylvia inornata ont niché pour la première fois dans notre région. Le Busard cendré Circus pygargus a tenté de le faire, sans succès, sur la lande de Ger, de même que la Bergeronnette printanière Motacilla flava iberiae au marais d’Orx. Le Bruant proyer Emberiza calandra s’est reproduit à l’altitude record de 1600 m. Un inhabituel afflux de Roitelets huppés Regulus regulus s’est produit au cours de l’hiver, tandis que le Pouillot à grands sourcils Phylloscopus inornatus a de nouveau été très présent à l’automne 2015.

Bilan 2015 du camp de baguage des barthes de la Nive (Pyrénées-Atlantiques). Barthe de l’Urdains , Bayonne.

Jean-Marc FOURCADE, Philippe FONTANILLES, Marcelo BRONGO & Kévin SOURDRILLE

Le camp de baguage a été opérationnel 58 journées consécutives, du 04/08 au 30/09/2015. Il consistait à quantifier les paramètres de la migration des petites espèces (principalement des passereaux) et l’utilisation du site par les individus stationnant plusieurs jours : richesse spécifique, effectifs, phénologie, durée de halte migratoire, caractéristiques des individus (sexe, âge, condition corporelle, mue), avec un focus particulier sur la gorgebleue, ce qui explique l’ouverture relativement tardive du camp. Nous présentons une synthèse de la phénologie, de la durée minimale de halte migratoire et des niveaux de réserves énergétiques. Le bilan général fait état de 3505 captures pour 3099 individus appartenant à 39 espèces. Les espèces transsahariennes sont au nombre de 17. La Rousserolle effarvatte est l’espèce la plus capturée avec 995 individus. Le Martin-Pêcheur et la Gorgebleue à miroir stationnent sur Urdains, au contraire du Phragmite des joncs qui utilise la barthe seulement comme site de transit.

Étude de l ’activité de chant de la Chouette de Tengmalm Aegolius funereus
dans les Pyrénées occidentales

Luc CANTEGREL, Stéphane DUCHATEAU & Stéphane HOMMEAU

Résumé. L’activité de chant de la Chouette de Tengmalm Aegolius funereus a été étudiée en vallée d’Aspe

(Pyrénées-Atlantiques) grâce à un enregistreur autonome. Un groupe d’au moins 3 mâles a été enregistré du 4 au 8 mai 2012 (site A), puis un groupe de 5 mâles du 13 au 20 mars 2014 (site B). Les vocalisations enregistrées consistaient en des chants, des « chants prolongés » et quelques cris d’alarme. Le « chant prolongé » est fréquemment émis durant la journée et au crépuscule, beaucoup moins souvent en cours de nuit. On note des différences importantes dans les caractéristiques individuelles du chant des mâles. Les cumuls horaires d’émission du chant étaient assez similaires sur les deux sites, avec un maximum en première partie de nuit et un deuxième pic en fin de nuit. Des chants étaient aussi émis marginalement en journée sur le site B. La durée moyenne d’une séquence de chant était de 08mn47sec sur le site A et de 03mn25sec sur le site B. Le vent et la pluie, même légers, induisent une forte diminution de l’activité de chant. Le chant de la Chouette hulotte Strix aluco ne fait généralement pas cesser l’activité vocale de la Chouette de Tengmalm. Ces chouettes étaient probablement pour la plupart célibataires, montrant une activité vocale très intense.

Avifaune nicheuse d’une jeune forêt de plaine du Pays Basque. Paramètres démographiques dans le cadre d’une évolution rapide du milieu

Philippe FONTANILLES, Bernard VAN ACKER†

Résumé. L’avifaune nicheuse d’une jeune chênaie de plaine du Pays Basque a été inventoriée et suivie sur 5 années dans le cadre du programme national STOC Capture (Suivi Temporel des Oiseaux Communs par Capture). Un protocole standardisé de capture au filet vertical a été appliqué pour apprécier la structure démographique, les paramètres reproducteurs et les tendances temporelles. Les espèces de milieux semi-ouverts ont fortement diminué les 3 premières années pour quasiment disparaitre en seulement 5 années. L’avifaune de la strate buissonnante s’est par contre bien maintenue, avec une bonne productivité et fidélité interannuelle au site. Le groupe des oiseaux généralistes abondants qui s’est rapidement installé sur le site semble par contre avoir une moins bonne productivité et à une faible survie interannuelle. Il en est de même pour les espèces forestières, hors de la strate buissonnante. Peu de données existent sur les paramètres démographiques de l’avifaune des forêts basco-béarnaises. Le contexte climatique doux et humide favorise une croissance végétative forte qui permet des exploitations forestières très productives.

La fragmentation des forêts dans un paysage agricole rajoute une contrainte supplémentaire pour la dynamique de son avifaune qui doit s’adapter rapidement. Elle favorise donc des espèces généralistes ou forestières assez communes et une biodiversité relativement faible. La gestion forestière et le potentiel écologique et évolutif sont discutés au regard des connaissances acquises par ailleurs.

Notes sur la répartition de l’Accenteur alpin Prunella collaris dans les Pyrénées occidentales en période de reproduction

Stéphane DUCHATEAU

Résumé. Des prospections de terrain, complétées par les informations disponibles dans les bases de données du Groupe Ornithologique des Pyrénées et de l’Adour et du Parc National des Pyrénées, ont permis de définir précisément l’aire de répartition en période de reproduction de l’Accenteur alpin Prunella collaris dans les Pyrénées occidentales. L’espèce peuple toute la zone axiale (notamment les massifs de Gabizos, Ger, Lurien, Palas, Ossau, Sesques, Lescun, Anie et Orhy) jusqu’au Pic de Bizkarzé, qui constitue sa limite occidentale sur le versant français. De nombreux massifs du piémont sont également occupés, pour la plupart sur substrat calcaire et en exposition ombragée (Pics de l’Estibète et de Bazès, massif du Jaut, Mailh Massibé, Ourlène, etc.). Les observations (n = 212) s’étalent de 1250 à 2786 m d’altitude, avec des reproductions avérées dans l’intervalle 1640-2600 m.

Distribution du Pic de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi à l’ouest des Pyrénées espagnoles

Susana CÁRCAMO BRAVO

Résumé. Les forêts de l’étage montagnard, de la vallée d’Anso (limite nord-occidentale de l’Aragon) au massif de Quinto Real, en Navarre, accueillent les 100 couples de Pic de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi, formant le noyau du versant sud des Pyrénées. Les premières observations de l’espèce à l’ouest de cette zone furent réalisées à la fin des années 90 : au nord-ouest, à Bertiz et à l’ouest, à Belate. Depuis 2010, cette nouvelle colonisation de Bertiz (2 couples) est suivie par le Département « Environnement » du Gouvernement de Navarre. À cette occasion, des observations ponctuelles à l’ouest de ce massif ont été réalisées. Dans cette étude, nous présentons les résultats du premier recensement spécifique hors du noyau originel. Il s’est déroulé au printemps 2015 et nous avons localisé entre 20 et 24 couples cantonnés. Nous comparons les densités obtenues avec les autres noyaux de peuplement, analysons l’influence de la quantité de bois mort sur la sélection des territoires de reproduction, le choix de l’arbre de nid et le succès reproducteur.

Au nid du Pic de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi : notes comportementales

Jean-Louis GRANGÉ, Stéphane HOMMEAU, Pierre NAVARRE & Pierre MARSAGUET

Résumé. Cette note présente des comportements peu ou pas connus chez le Pic de Lilford : ponte précoce, femelle supplémentaire, comportement des jeunes lors de l’envol et techniques anti-prédation de l’espèce.

Prédation au nid de Pic épeiche Dendrocopos major par une Martre des pins Martes martes dans les pré-Pyrénées navarraises (Espagne)

Alfonso C. SENOSIAIN

Nous présentons un cas de prédation d’un nid de Pic épeiche situé dans un peuplier canadien à 13,4 m de hauteur, par une Martre des pins en Navarre (NW Espagne). Elle a réussi à faire un trou d’accès sur le côté opposé à la cavité et, au bout d’une heure 6 minutes, capturé les 3 jeunes, en les amenant dans sa tanière; les aller-retour ont duré 20 minutes. Les attaques des adultes n’ont eu aucun effet sur le prédateur tout au long de l’opération.

Note sur le comportement antiprédateur du Pic de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi en présence d’un écureuil roux Sciurus vulgaris proche de la cavité de reproduction

José Luis ROMERO ROMERO

Cette note décrit le comportement d’un couple de Pic de Lilford en présence d’un écureuil roux près de leur cavité de reproduction en Navarre (Espagne), avec une réaction différente de chaque adulte face à cette menace.

Reproduction d’un couple de Pic de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi dans une cavité naturelle dans les Apennins ( Italie centrale)

Paul HARRIS & Stephen HARRIS

En 1996, nous avons découvert la reproduction du Pic de Lilford dans une cavité naturelle de Hêtre (cicatrice de branche cassée), dans les Apennins (Italie centrale). Cependant, les adultes ont peut-être aménagé la chambre intérieure d’ eux-même. Le diamètre de la cavité est suffisamment grand pour permettre à 3 jeunes de venir simultanément à l’entrée. La reproduction s’ est effectuée dans les dates moyennes. C’est le premier cas rapporté pour Dendrocopos leucotos sensu lato et l’un des très rares pour les pics du Paleártique.

Nidification du Grèbe à cou noir Podiceps nigricollis sur le lac de Puydarrieux (Hautes – Pyrénées ) en 2015

Valérie DUCASSE

Après plusieurs observations printanières de l’espèce, un couple de Grèbe à cou noir s’est reproduit sur le lac de Puydarrieux en 2015, constituant une première pour le grand Sud-Ouest français.

Nidification de la Fauvette passerinette Sylvia inornata dans les Hautes – Pyrénées en 2015

François Ballereau & Valérie Ducasse

Résumé. La découverte de la nidification de la Fauvette passerinette Sylvia inornata, constituant une première pour les Hautes-Pyrénées et le Bassin de l’Adour est l’occasion de faire le point sur son statut dans la région du Sud-Ouest.

Premier cas d’hivernage d’une Sterne voyageuse Thalasseus bengalensis en France

Frédéric Cazaban & Alexandre Portmann

Résumé. Une jeune Sterne voyageuse Thalasseus bengalensis a hiverné pour la première fois en France du 22 novembre 2014 au 1er février 2015 au niveau de l’embouchure de l’Adour (limite Pyrénées-Atlantiques et Landes). Après une présentation générale de l’espèce, les circonstances de sa découverte et les éléments d’identification sont examinés. L’observation est ensuite replacée dans le contexte national et européen d’apparition de l’espèce. Enfin, une analyse de son statut taxonomique conclut à un individu de l’espèce type en écartant la possibilité d’un hybride.

Un Basque méconnu, le Grand Pingouin

Henri Gourdin

Présentation de l’espèce avec un focus sur les données des gisements paléontologiques basques et réflexion sur son extinction.

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