Le Casseur d’os volume 13

Casseur d'Os 2013

  • Notes d’Ornithologie Pyrénéenne n° XVIII Novembre 2011 à octobre 2012. J.L. Grangé, F. Ballereau, S. Duchateau, J.-J. Hourcq, S. Pérès, P. Urbina-Tobias, rédacteurs pour le GOPA
  • Le Pic de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi (Sharpe & Dresser, 1871) : historique de sa découverte et réflexions sur les tribulations de ses dénominations taxinomiques. J.-L. Grangé
  • Le Vautour fauve Gyps fulvus au Pays basque Nord : résultats du recensement 2012 et analyse de l’évolution de la population reproductrice entre 2007 et 2012 A. André
  • Reproduction et rythmes de nourrissage du Rougegorge familier Erithacus rubecula en nichoir artificiel J.-C. Vignes
  • Le Petit-duc Scops Otus scops dans le Bassin de l’Adour C. HOPPER
  • Nidification du Fuligule milouin Aythya ferina dans le département des Landes C. CHARRON
  • Note sur le régime alimentaire de la Chouette de Tengmalm Aegolius funereus dans les Pyrénées occidentales S. Duchateau

Notes d’Ornithologie Pyrénéenne n° XVIII Novembre 2011 à octobre 2012

J.L. Grangé, F. Ballereau, S. Duchateau, J.-J. Hourcq, S. Pérès, P. Urbina-Tobias

Ces 18èmes Notes d’Ornithologie Pyrénéenne sont caractérisées par le nombre d’espèces occasionnelles contactées durant la période considérée : Busard pâle Circus macrourus (12 individus différents), Aigle pomarin Aquila pomarina (2 individus), Aigle de Bonelli Aquila fasciata (4 individus), Faucon crécerellette Falco naumanni (afflux avec 67 individus différents comptés), Faucon d’Eléonore Falco eleonorae (11 individus différents), Outarde barbue Otis tarda (6 individus), Mergule nain Alle alle (4 individus), Goéland d’Audouin Larus audouini (4 individus différents), Goéland à ailes blanches Larus glaucoides, Coucou geai Clamator glandarius (2 individus), Rollier d’Europe Coracias garrulus (11 individus différents), Fauvette passerinette Sylvia cantillans, Pouillot à grands sourcils Phylloscopus inornatus (5 individus).

Concernant les espèces rares (moins de 2 à 3 données dans les dernières décennies), il faut noter le Faucon lanier Falco biarmicus (première donnée pour le Bassin de l’Adour), la Marouette de Baillon Porzana pusilla (1ère et 2 ème observations contemporaines), le Bécasseau de Bonaparte Calidris fuscicollis (2ème donnée, sur le même site que la première observation, l’année précédente), le Chevalier grivelé Actitis macularia (première donnée pour le Bassin de l’Adour), la Sterne élégante Sterna elegans, la Sterne de Dougall Sterna dougallii (3ème donnée récente), la Mouette atricille Larus atricilla (première donnée), la Corneille mantelée Corvus cornix (1° donnée depuis un siècle), la Fauvette orphée Sylvia hortensis (5ème donnée contemporaine), la Rousserolle verderolle Acrocephalus palustris (3ème donnée pour le Bassin de l’Adour) et le Sizerin flammé Acanthis flammea / cabaret (3ème et 4ème données). Plusieurs de ces observations sont en attente de validation par le CHN ou le CHR.

Parmi les autres faits marquants, il faut relever le nombre inhabituel de Puffins sp. à mi-octobre sur nos côtes : 1196 Puffins cendrés Calonectris diomedea à Capbreton le 14/10, 90 Puffins majeurs Puffinus gravis en mer, au large d’Hendaye le 13/10, plus de 100 Puffins fuligineux Puffinus griseus le 14/10 à Capbreton. Un nombre record de 8080 Sarcelles d’hiver Anas crecca a été relevé à Rivière-Saas-et-Gourby à mi février, montrant les capacités d’accueil des barthes de l’Adour, hors période de chasse. Le suivi journalier de la migration printanière du Faucon hobereau Falco subbuteo à Trébons (65) a permis de mettre en évidence un nombre insoupçonné d’oiseaux passant en ce lieu, soit près de 3 000 individus comptés en l’espace d’un mois.

Une première preuve de reproduction du Tarin des aulnes Spinus spinus est apportée pour 2012 pour le département des Landes.

Remarques taxinomiques

Le lecteur sera sans doute un peu désorienté en parcourant ces nouvelles « Notes d’Ornithologie Pyrénéennes ». Il nous a en effet paru impossible d’ignorer plus longtemps les nombreux changements de séquences proposés par les études phylogénétiques de ces toutes dernières années (Laridés, Limicoles et Passereaux principalement), d’autant plus qu’ils ont été validés par plusieurs organismes reconnus : Comité taxinomique de la British Ornithologists’ Union (BOU) et CSNA (Comité taxinomique hollandais) principalement. De plus, les futurs guides d’identification, rédigés en anglais, suivront cette nouvelle séquence, comme le font déjà plusieurs revues étrangères d’ornithologie de terrain (British Birds, Birding World, Dutch Birding) ou à caractère scientifique (The Ibis).

Les changements les plus significatifs concernent les Passereaux oscines ; les raisons en sont résumées dans Sangster et al. (Ibis, 152-1, 2010) qui donnent une bibliographie exhaustive des articles originaux pris en compte. Concernant les Galliformes, Laridés et Limicoles, le nouvel arrangement est moins important avec, cependant, l’« absorption » des Tétraonidés par les Phasianidés ainsi que des changements de genre pour certaines espèces (Combattant varié et Bécasseau rousset qui deviennent des Calidris) (Sangster et al., 2012). Il est à remarquer que certaines propositions sont encore empreintes de flou (par exemple les Régulidés considérés comme incerta sedis jusqu’à de nouvelles études), d’où de futurs ajustements de cette nouvelle séquence à attendre. Les changements de genre des Fringillidés sont basés sur les résultats de divers travaux dont ceux de Zuccon et al. (in Molécular Phylogenetics and Evolution, 62).

Le Pic de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi (Sharpe & Dresser, 1871) : historique de sa découverte et réflexions sur les tribulations de ses dénominations taxinomiques.

J.-L. Grangé

Taxon dont l’aire de répartition se localise dans les montagnes du sud de notre continent (Pyrénées, Italie, Balkans et Caucase), le Pic de Lilford Dendrocopos leucotos lilfordi se caractérise par un habitat montagnard spécialisé. L’histoire de sa découverte dans les divers noyaux de peuplement est très imparfaitement connue, sa description « officielle » en 1871 par Sharpe & Dresser ayant été précédée de plusieurs observations ou collectes, la première mention remontant à 1769. Cet article est le résultat de recherches bibliographiques et muséologiques, ayant pour but de retracer au plus près cette histoire, à partir de documents inédits, peu accessibles ou ignorés jusqu’à ce jour. Nous récapitulons également les vicissitudes de la dénomination scientifique de ce taxon, depuis la description du Pic à dos blanc lato sensu par Beschtein en 1803 et présentons une nouvelle estimation des effectifs du taxon lilfordi (6358-9605 couples). Une iconographie inédite présente plusieurs spécimens collectés dans les Pyrénées, les deux seuls individus en provenance de Corse ainsi que le type ayant servi à la description du taxon lilfordi.

Le Vautour fauve Gyps fulvus au Pays basque Nord : résultats du recensement 2012 et analyse de l’évolution de la population reproductrice entre 2007 et 2012

Aurélien André

Cet article présente les résultats du recensement 2012 de la population reproductrice de Vautour fauve au Pays basque Nord et une analyse de l’évolution de cette population entre 2007 et 2012. Le protocole prévoit 3 visites de chacun des sites de reproduction afin de comptabiliser l’ensemble des couples reproducteurs et de connaître leur succès reproducteur. 385 à 388 couples reproducteurs sont recensés en 2012. On constate une augmentation de 52,2% entre 2007 et 2012, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 10,3%. Le succès reproducteur 2012, influencé par les conditions météorologiques et les dérangements sur les sites de reproduction, est de 0,50 à 0,53 jeunes volants par couple reproducteur. Il est faible par rapport aux succès reproducteurs calculés dans les années 1970, 1980 et 1990. Les taux d’accroissements et les succès reproducteurs varient fortement selon le noyau de population étudié. L’augmentation des effectifs se fait surtout par la colonisation de nouveaux sites de reproduction, souvent plus soumis à la fréquentation humaine et aux aléas climatiques. On constate une forte mortalité des poussins au nid, qui n’est pas expliquée. La population nicheuse de Vautour fauve du Pays basque Nord n’a cessé de s’accroître depuis le début des années 1970, en lien avec une protection efficace de l’espèce et un modèle agro-pastoral dynamique.

Reproduction et rythmes de nourrissage du Rougegorge familier Erithacus rubecula en nichoir artificiel

Jean-Claude Vignes

Les visites des parents de trois nichées de Rougegorge familier Erithacus rubecula, produites dans un nichoir artificiel, ont été enregistrées par caméra vidéo et analysées. Entre 2527 et 3287 visites pour 4 oisillons sont effectuées de l’éclosion à l’envol, soit en moyenne de 10,5 à 13,6 visites par heure. La fréquence des nourrissages augmente régulièrement avec l’âge des poussins, alors que la durée des visites s’écourte.

Le Petit-duc Scops Otus scops dans le Bassin de l’Adour

Charles HOPPER

Après un nombre grandissant d’observations ces dernières années, la reproduction du Petit-Duc scops Otus scops a été mise en évidence dans les Hautes Pyrénées, à Luz-Saint-Sauveur. Découvert en 2010, un site de nidification a été réoccupé en 2011 avec au moins un couple revenant au village en 2012. En effet, en 2012 l’église a été utilisée comme site de nid et a fourni de grandes opportunités pour observer le couple sous les projecteurs de l’église ! Ceci constitue la première reproduction confirmée pour notre région. Le statut passé et récent de l’espèce dans le Bassin de l’Adour est analysé.

Nidification du Fuligule Milouin Aythya ferina dans le département des Landes

Claude CHARRON

Le Fuligule milouin Aythya ferina est une espèce d’installation récente comme reproductrice dans le Bassin de l’Adour. L’étang de Saint-Gein, situé dans le département des Landes, est l’un des sites choisis par l’espèce, ce qui a permis de suivre les quelques couples nicheurs depuis 2009, avec indications phénologiques et de productivité. Après un rapide point sur le statut de l’espèce dans le sud-ouest, nous présentons les observations réalisées à Saint-Gein.

Note sur le régime alimentaire de la Chouette de Tengmalm Aegolius funereus dans les Pyrénées occidentales

Stéphane Duchateau

L’analyse de 15 pelotes de réjection de Chouette de Tengmalm, récoltées en vallée d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques) au printemps 2011, a permis de déterminer 29 proies appartenant à 7 espèces de micromammifères. Le Mulot sylvestre Apodemus sylvaticus est l’espèce la plus consommée, suivi du Campagnol agreste Microtus agrestis. Ces premières données publiées pour les Pyrénées sont conformes aux études effectuées dans d’autres régions d’Europe occidentale, où les mulots prédominent habituellement dans le régime alimentaire des Chouettes de Tengmalm.

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